A quoi reconnaît-on un bon artisan ?


... pensées d'artisans (2ème partie)



Différencier un bon artisan d’un moins bon, c’est sans doute une chose délicate à faire, car cela repose sur plein de nuances, et c’est donc très subjectif », selon Louis Benech. « Il est certain cependant que le bon est le plus heureux des deux ! Plus sérieusement, un bon se caractérise par ses exigences personnelles, sa passion, des temps qui ne sont plus comptés, non pas par sacrifice, mais parce qu’on est transporté par ce qu’on fait ! Ça demande aussi une sacrée “ pêche ”, de l’énergie !

« Je fais par ailleurs une vraie différence entre l’artiste et l’artisan. Pour moi, l’artiste est le stade suprême du talent… j’en reconnais peu… et je pense pouvoir dire que, même chez les grands architectes, qui peuvent se sentir un tempérament artiste, en fait ils ne se prennent pas pour des artistes. Et puis je trouve que l’artiste, aujourd’hui, c’est quand même un “drôle de zèbre”, le champion du marketing ! Honnêtement, je ne suis pas ému par la mégalomanie contemporaine… Certains paysagistes se disent plasticiens du paysage, ils modèlent ou remodèlent… je n’ai pas ce désir, ni cette prétention, d’une part parce que je préfère moins intervenir que trop dans mon approche du jardin, et d’autre part parce que j’ai le sentiment que l’artifice du jardin obéit à des règles ancestrales qui n’ont guère évolué depuis des siècles ! Là où je me sens artisan, c’est parce que j’ai aussi ce sentiment que ma matière,à moi n’a guère changé… Tout va plus vite aujourd’hui, sauf qu’une plante ça ne pousse pas plus vite qu’avant ! J’ai le sentiment de faire partie de ce bastion, de ces métiers où les éléments fondateurs sont toujours les mêmes, indépendamment des époques qui les traversent. En revanche, cela ne veut pas dire qu’on n’est pas créatif ! Je pense qu’on n’invente pas grand-chose dans mon métier, seulement avec l’expérience et la valeur de l’expérience, à laquelle je crois beaucoup, on sait coller, associer entre elles des choses qui n’étaient pas forcément prévues pour aller ensemble, qui fonctionnent, qui vivent et qui créent un résultat tangible. Un jardin, ce n’est pas un concept, c’est un résultat tangible. Être artisan, c’est viser ce résultat. »


Un bon artisan, pour Franck, c’est un artisan qui n’a pas d’œillères, qui a un esprit ouvert, qui n’hésite pas à prendre conseil et à écouter. C’est quelqu’un qui sait défendre son travail et sa manière de travailler : « À moi de savoir convaincre si je veux intervenir comme je l’entends.» Dans la même optique, il faut aussi savoir faire preuve d’énergie et d’un certain optimisme : « Il faut être le premier à y croire, sinon ça ne marche pas ! » Mais c’est aussi un patron, qui sait donner des directives précises et claires à ses ouvriers. « J’essaie de faire attention à ça, parce que j’en ai souffert moi-même quand j’étais en entreprise et, sans comprendre le sens de son travail, on est vite démotivé, on agit comme une machine, sans savoir si l’on fait bien ou mal… Et au-delà de toute autre considération, un bon artisan, c’est un artisan qui dure et donc qui sait mesurer les risques qu’il prend, y compris financiers. »



Pour Serge de Conti, des Forges du Moulas, le bon artisan c’est celui qui sait retransmettre, qui ne s’enferme pas dans un cocon, est ouvert : « Il faut s’extérioriser au maximum ! Et puis il y a les bons, les très bons et les excellents ; un excellent, il est bon au travail, dans la transmission et dans la relation… mais ça devient rare… aujourd’hui, on demande d’être performant trop vite… il faut laisser le temps aux gens de bien travailler. »








Alors, la performance selon ces artisans, résumons nous  :
Ecoute, énergie, optimisme, clarté, sens, conviction, durée, exigence, temps consacré, expérience, résultat tangible.
A quoi il faut ajouter :
Ouverture, curiosité, vision, imagination, anticipation, envie, découverte, générosité, remise en cause, évolution, art, conscience, relais, transmission, partage, débrouillardise, lecture, échange, respect, entente,... (cf pensées d'artisans  1ère partie)
A méditer et si vous avez manqué la première partie des pensées d'artisans... c'est ici.




Françoise Bergaglia
Extraits de "Le Bel Ouvrage, récits et portraits d'artisans" - Ed° Pascal Galodé - 2011.
photographies : Hermine Cleret




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