A quoi reconnaît-on un bon artisan ?


... pensées d'artisans (1ère partie)



"Chantal Duclert, de l’Atelier Maury, prépare sa réponse…   « On reconnaît un bon artisan à… (réflexion) son ouverture d’esprit, son côté artiste. Ce n’est pas quelqu’un d’étriqué. Dans son domaine, il s’intéresse à tout, il est curieux, il s’intéresse à ses contemporains… Il faut aussi qu’il soit un peu visionnaire, un peu en avance sur son temps… Je fais une grande différence entre le très bon praticien et l’artisan… Un très bon praticien même le meilleur, s’il n’est que cela, est un très bon technicien, pas un artisan. »

Pour Patrick Maury : « Un bon artisan, c’est celui qui dans le cours de son travail pensera toujours à l’étape suivante. C’est aussi celui qui veut aller plus loin dans son envie, sa découverte, qui imaginera une autre solution même pour des choses simples, qui n’est pas toujours dans la répétition. A contrario, le travail d’un moins bon se remarquera, non pas par sa mauvaise facture réellement, mais par sa fadeur… Et puis tout est aussi question des rencontres que l’on fait, de l’envie de donner ou de ne pas donner… »"

"François-Xavier Richard, de l’Atelier d’Off ard : « Un bon artisan, c’est quelqu’un qui a, certes, le sens du bel ouvrage mais qui a aussi la capacité de se remettre en cause, qui cherche toujours à évoluer, à avancer. Un artisan, c’est le contraire de quelqu’un qui exploite un savoir-faire ancestral sans se poser de questions. C’est aussi une personne qui laisse planer le doute entre artiste et artisan, qui a un vrai regard sur les choses. Un artisan qui n’aurait aucune vision artistique de son travail, même s’il est bien exécuté, ne fera qu’une pâle copie. » Enfin, il ajoute : « C’est aussi quelqu’un qui, dans le contexte actuel, a conscience de l’outil culturel qu’il a entre les mains, conscience aussi d’être un relais d’une époque et qui sait transmettre, partager. »"


"Pour Max, un bon artisan se reconnaît à la manière qu’il a de se débrouiller, de savoir faire avec peu, à sa curiosité, à sa capacité à aller chercher l’information qui lui manque dans ses lectures ou auprès des autres. Mais un vrai bon, c’est celui « qui a l’art dans les mains et la proportion dans l’oeil ». C’est aussi celui qui saura aimer le contact avec le client, qui respectera ses confrères. En couverture, le charpentier est un confrère avec lequel on travaille étroitement. « Sur un chantier, il faut travailler main dans la main. Si l’on ne s’entend pas, le travail s’en ressent et le résultat final aussi. » Pour finir, Max m’a confié une expression un peu mystérieuse, mais que j’ai trouvé très poétique, pour qualifier son travail sur la couverture d’une tourelle : « Il faut avoir le sens de son travail : on volige* la tourelle et on vient se perdre dedans. » Se perdre… pour mieux se laisser prendre par l’édifice et son métier afin de les servir au mieux, dans les règles de l’art ?"


Alors, la performance selon ces artisans, résumons nous  :
Ouverture, curiosité, vision, imagination, anticipation, envie, découverte, générosité, remise en cause, évolution, art, conscience, relais, transmission, partage, débrouillardise, lecture, échange, respect, entente,..

A méditer et à suivre avec la seconde partie des pensées d'artisans...





* voliger : c'est un terme propre au métier du couvreur qui consiste à barder de lames de bois une charpente avant que de poser la couverture. La volige est ce bardage sur lequel les ardoises seront fixées.

Françoise Bergaglia
Extraits de "Le Bel Ouvrage, récits et portraits d'artisans" - Ed° Pascal Galodé - 2011.
photographies : Hermine Cleret




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